La charrette




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Charrette

Le quartier: FAUBOURG des RECOLLETS
Le lieu: Quartier éphémère, 16 rue Prince
Date: du vendredi 15 au dimanche 17 novembre 1996
La présentation: le lundi soir 18 novembre
L'exposition: du mardi 19 au lundi 25 novembre

Origine

A l'initiative de la Société de Développement de Montréal, un regroupement de citoyens du quartier du Faubourg des Récollets s'est formé dans le but d'analyser la situation existante de leur quartier et de soumettre des alternatives à sa revitalisation.

Ce regroupement est constitué d'entrepreneurs, de résidants et de propriétaires du domaine public et foncier. En marge des rencontres du groupe, il fut proposé d'organiser une charrette pour développer les résultats des débats en mettant à profit les professionnels de l'aménagement résidants du quartier.

Définition

Mais qu'est-ce qu'une charrette? Le terme "charrette" vient des Beaux-Arts de Paris. Le jour de remise des travaux des étudiants, une charrette faisait le tour du quartier latin et les étudiants devaient y déposer leur projet. Comme il se doit certains, en retard, finissaient leur projet à bord de la charrette...

De nos jours une charrette est un événement public qui regroupe plusieurs équipes multidisciplinaires et qui, durant un temps limité, "planchent" sur une problématique définie.Les équipes, au nombre de cinq, seront composées de six membres et regrouperont si possible les trois disciplines de l'aménagement (architecte, architecte du paysage, urbaniste).

Les chefs d'équipe proviendront des firmes opérant du Faubourg et pourront choisir les membres de leur équipe soit au sein de leur firme ou de celles de leurs partenaires, soit à partir de la liste de professionnels, d'artistes et de résidants du quartier, préparée par le comité organisateur.

Enjeux

La charrette proposée se veut une plate-forme de communication où chacun des acteurs du quartier confrontent idées et visions. Elle doit être perçue comme un outil de travail développé par le groupe de travail à la revitalisation du Faubourg des Récollets, et non une fin en soi. Ce groupe, qui depuis plusieurs mois a amorcéle débat, sera en mesure d'énoncer une vision globale ainsi que des stratégies et des thèmes qui devront guider les équipes de la charrette.

L'un des enjeux de ce regroupement populaire est, pour citer P. Chemetov, de permettre aux citoyens de "prendre en considération le développement du secteur sous le contrôle de leurs élus (à l'heure de la mondialisation, l'organisation du domaine bâti étant l'une des rares choses qui reste sous le contrôle de ces deux derniers). C'est à dire, réintroduire les citoyens à la compétence architecturale, à leur rappeler le droit collectif par lequel ils peuvent participer à l'exercice du pouvoir et de décider de leur environnement.

Dans ce contexte, le rôle des professionnels de l'aménagement dans les débats et la charrette sera d'éclairer les citoyens afin de les associer à une véritable maîtrise d'œuvre urbaine. de détechniciser la réflexion pour la repolitiser, afin de l'ouvrir à l'éthique".

Dans ce nouveau rôle, les professionnels devront contribuer à la ville et non la refaire.Cette action à l'échelle du quartier s'oppose au type de projet d'ensemble qui justifie la conservation de quelques éléments pour assurer le pittoresque. C'est une action qui s'oppose à la destruction irréfléchie des lieux, d'espaces et de particularités historiques, donc de valeurs encore vivantes, au refus du "genius Loci".

Le site

Communément appelé "Faubourg des Récollets", le secteur d'intervention se borne au nord par la rue Saint-Jacques, au sud par la rue de la Commune, à l'est par la rue McGill et à l'ouest par L'autoroute Bonaventure. Le secteur ainsi délimité n'est que la partie est de deux anciens faubourgs: Le faubourg des Récollets au nord de la rue William et le faubourg Saint-Anne au sud.Pour situer le faubourg à l'échelle de la ville, il faudra considérer un secteur d'étude se bornant au nord par le boulevard René Lévesque, au sud par la rue Mill, à l'est par la rue Saint-Urbain et à l'ouest par la rue de la Montagne.

Le quartier est composé de transformations et d'assemblages, de modes de construction d'époques diverses, offrant une imagerie postindustrielle ou cohabitent les éléments des plus divers, des usages et des formes sans points commun, un quartier où se juxtaposent création, production et diffusion dans un bâti Interchangeable et polyvalent, où son architecture témoigne de la pleine participation de Montréal au développement de la modernité nord-américaine après 1850.

Objectifs

L'un des objectif de ce collectif sera de s'interroger sur la validité des réflexions déjà entreprises sur le quartier ces dernières années. Y-a-t-il réellement lieu et place à réinventer le quartier? Doit-on aborder une revitalisation par le biais d'études portants sur le potentiel d'exploitation dans un contexte économiquement faible? Peut-on revitaliser sans considérer la construction et l'affirmation de lieux publics, et quelle est la fonction urbaine de ceux-ci dans un quartier? Doit-on débarrasser le lieu de toutes contraintes, ou bien doit-on s'en servir? Comment privilégier l'événement, l'action, les matériaux dans un quartier empreint de caractéristiques inhabituelles? Doit-on institutionnaliser la marge et la différence?

La réflexion devra également porter sur la façon d'intégrer la spécificité du quartier (simultanéité des formes et fonctions) à son articulation avec l'ancienne cité coloniale et avec la ville régionale. Sous quels traits réside cette cohésion urbaine?Également, l'affirmation du droit politique du citoyen face au monolithisme de l'expertise est-elle une opportunité pour définir un nouveau processus du projet urbain?



Conte

Vint le jour où mon voyage me conduisit à Récollet. Bien qu'il n'y déploie aucune beauté reconnue, c'est un quartier que ne peut oublier celui qui l'a vu une fois.
Assis sur la rive nord d'un grand canal, il fut longtemps le passage obligatoire pour qui voulait continuer en amont, vers la découverte, vers la Chine.
Ses rues, à la fois régulières et organiques, descendent vers le port, ou longent le courant, et sont bordées par d'imposants bâtiments de tout âge en brique ou en pierre, avec de grandes fenêtres à meneaux qui parfois couvrent presque toute la façade.
De temps en temps, des portes cochères percent le rez-de-chaussée pour livrer une cour bouillonnante d'activité.
Sur les façades, d'anciennes écritures et peintures (personne n'ayant jugé utile de les effacer) rappellent qu'à Récollet les mœurs et les populations qui se sont succédées sont encore présentes dans la mémoire de ses habitants.
De temps à autre le grincement des écluses du port résonne dans ces rues comme une longue plainte d'un autre temps.
Le centre du quartier est occupé par une large structure qui, tour à tour, est convertie en théâtre où l'on y lance les dernières trouvailles de la représentation expérimentale, en bazar où l'on y brade tous les tissus de la terre, en musée où l'on y trouve les œuvres des plus grands peintres du globe, ou en arène politique où l'on y discute de la cité.

Les rues principales foisonnent d'artisans, de tatoueurs ou amuseurs et il y règne une impression de douce folie dans laquelle les savants de la cité, qui vivent dans les anciens temples du fer et du feu, y puisent l'imaginaire si vital à leurs dernières trouvailles de l'ère néotechnique.
Tout comme les autres habitants, ces savants, qui communiquent avec le monde entier, se sont installés là où bon leur semble car Il n'y a pas de zones à Récollet, chacun étant libre de choisir ses voisins, sa façon de produire, sa façon de vivre ou de travailler.
D'ordinaire, le niveau de la rue est pris par les marchands alors qu'aux derniers étages, on accorde le droit de poser le regard sur l'horizon à tous les poètes et artistes de la cité ou d'ailleurs.
Entre les deux, la population s'adapte comme elle le veut, l'une des particularité de son architecture étant que les éléments de structure sont des colonnes et non des murs.
Les ambassadeurs des autres cités sont nombreux à Récollet pour comprendre ces superpositions qui animent la ville et la vie, pour saisir cette dignité particulière qui fait que tout arrive comme par hasard, sans qu'on y accorde trop d'importance, sans qu'on ressente la prétention d'accomplir une opération décisive.

C'est la raison pour laquelle cette cité est cristalline, transparente au regard, comme les ailes d'une libellule.Adossé au parapet du château de Récollet le vieux Serres m'attendait, imperturbable observateur du quartier qui s'étendà ses pieds, de l'autre coté du canal.
Pour toute réponse à mes interrogations il exhiba une vieille carte postale. Elle montrait la cité des décennies auparavant, dans un état de ruine, au bord de l'extinction.

Aujourd'hui une ville papillon est sortie de la ville chrysalide.
Son explication fut la suivante: "Prenez un mouchoir, placez-y des points sur une ligne et pliez-le pour le mettre dans votre poche. Que se passe-t-il?
Les points les plus éloigné deviennent soudainement voisin.
Dans notre cité nous faisons en même temps des gestes archaïques modernes et futuristes et tous les événements de son histoire sont multitemporels, ils renvois à du révolu, du contemporain et du futur simultanément.
Les anciens nous ont appris à ne plus confondre le temps et la mesure du temps.
Ils nous ont légué une grande carte qu'ils opposèrent à l'encyclopédie qui inventorie et définit tous les savoirs.
Nous avons à l'inverse la carte des relations de nos savoirs, car pour nous les relations définissent les objets et les actes, non l'inverse".

C'est le nouveau monde, une douce folie.

-Peter Fianu (montage litteraire d'extraits "Les villes invisibles" d'Italo Calvino et "Eclaircissements" de Michel Serres!)


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